Rabbin David TOUBOUL
Bonjour à tous,
Cette semaine il est impossible de ne pas faire de parallèle entre l’actualité et la paracha de ce chabbat, Bechalah.
Alors que nous recevions la nouvelle que le corps de Ran Gvili, le dernier otage à Gaza était enfin formellement identifié et allait pouvoir être rapatrié pour être inhumé dignement en Israël, je me posais la question : peut-on véritablement dire que c’est une bonne nouvelle et se réjouir ?
Entendez-moi bien : évidemment, je ne nie pas que c’est un immense soulagement pour nous tous. Il ne reste plus aucun otage, vivant ou mort, à Gaza. Nous attendions cela depuis 843 jours. C’est la fin d’une longue période de souffrance et d’angoisse, de doute, de manifestations, de rassemblements, de collages d’affiche, de prières, de lutte et de combats.
Ces deux ans et demi, dont nous ne sommes pas sûrs qu’ils soient véritablement terminés, resteront dans nos mémoires comme une des périodes les plus terribles et sombres de notre histoire contemporaine.
Mon interrogation est sur la nature que doit prendre ce soulagement, bien légitime. Faut-il se réjouir, bien que ce soit un enterrement et un deuil ? Faut-il pleurer, en ce jour de victoire ?
Que faire en cette période à la fois triste et joyeuse ?
De quelle manière -décente- la souligner, alors que des milliers de familles sont endeuillées, des centaines de jeunes sont blessés physiquement et mentalement, certains à vie ?
Faut-il comme le dit le Talmud dans le traité Berakhot, prononcer une bénédiction pour le malheur comme on en prononce pour les occasions heureuses ?
Eh bien je tiens à dire ici, à l’antenne de Radio Chalom Nitsan, que la cérémonie à laquelle j’ai assisté hier soir à la grande synagogue de la rue Deloye, a su répondre à ces interrogations.
Empreinte de dignité, de recueillement et de ferveur, cette soirée a parfaitement exprimé nos sentiments ambivalents.
Les prises de parole ont été remarquables du début à la fin. J’ai particulièrement apprécié la déclaration du début : ce n’est pas un jour de joie, c’est un jour de soulagement.
Le maire de Nice Christian Estrosi était présent, et nous avons pu le remercier pour son militantisme courageux pour les otages. Sans relâche, sans faiblir, et malgré les pressions et les menaces, il a été fidèlement à nos côtés du premier au dernier jour. Les hommages et applaudissements de la communauté étaient largement mérités.
Tout aussi mérités étaient les remerciements adressés à toutes les associations juives de la côte d’azur qui ont participé aux actions militantes de ces dernières années. C’est difficile à dire, mais les rassemblements, concerts, manifestations, malgré les circonstances… resteront de bons souvenirs. Des souvenirs d’unité, d’union, et de militantisme pour une cause transcendant toutes les différences.
Enfin, je tiens aussi à dire à quel point les remerciements à Radio Chalom Nistan et à Yossi son directeur d’antenne étaient tout aussi mérités. Les auditeurs le savent, les otages n’ont pas été oubliés, leur sort a été rappelé à l’antenne chacun des 843 jours qu’a duré cette terrible épreuve.
Maintenant que nous avons enfin retiré nos rubans jaunes, il faut vous parler de ce parallèle que je vous annonçais au début.
Le début de la paracha Bechalah est marqué par un été d’effervescence qui précède le départ des hébreux d’Egypte. Or, alors que tout le monde fait ses valises dans la précipitation, Moché n’a qu’une idée en tête :
וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת-עַצְמוֹת יוֹסֵף, עִמּוֹ: כִּי הַשְׁבֵּעַ הִשְׁבִּיעַ אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לֵאמֹר, פָּקֹד יִפְקֹד אֱלֹהִים אֶתְכֶם, וְהַעֲלִיתֶם אֶת-עַצְמֹתַי מִזֶּה אִתְּכֶם.
« Moïse emporta en même temps les ossements de Joseph car celui-ci avait formellement adjuré les enfants d'Israël, en disant : "Dieu ne manquera pas de vous visiter et alors vous emporterez mes os de ce pays." »
Or le midrach nous dit que le lieu où se trouvaient le corps de Yossef n’était pas connu. Comment le retrouver ?
Un premier midrach enseigne qu’il était dans un cercueil de métal qu’on avait coulé dans le Nil. Un second, qu’il était dans une pièce où étaient entreposées les momies de tous les dignitaires d’Egypte, mais sans identification particulière.
Moché se trouve donc dans l’impasse, sous la pression. Il tient à accomplir la promesse faite à Yossef, mais comment ?
Il décide alors (simplement !), de l’appeler. « Yossef ! Yossef ! » fait dire à Moché le midrach, « le temps est venu, Dieu noue délivre, nous allons partir. Montre-toi, pour que je puisse t’emmener. Si tu restes silencieux, je considérerai que nous sommes déliés de la promesse que nous t’avons faite. »
Et le cercueil de Yossef, suivant les versions, se mit à flotter dans le fleuve ou à trembler et s’avancer pour s’identifier parmi les autres momies, pour que Moché puisse le reconnaître et l’emporter.
Quel est le sens de ce midrach ? Peut-être souligne-t-il l’importance que nous accordons aux rites funéraires dans le judaïsme, et ce respect absolu que nous avons pour les corps de nos anciens, pour qu’ils ne soient pas profanés.
Mais peut-être les sages cherchent-ils aussi à nous adresser un autre message. Ils nous disent que les morts nous accompagnent et font partie de nous. Leur présence, réelle ou symbolique, nous habite et nous oblige.
Nous ne les oublions pas. Nous ne pouvons pas les oublier. Quand bien même nous essaierions de le faire, ils se rappelleraient à notre souvenir de différentes manières, toujours inattendues.
Que le souvenir de tous les morts, sacrifiés pendant ces deux ans et demi, nous accompagnent dans nos avancées, nos luttes futures et nos batailles à venir qui n’ont qu’un seul objectif : la paix.
Chabbat chalom, et à la prochaine fois !