Israël ne doit pas devenir l'Iran

06 mars 2026 - 10:15 - 280 vues

Rabbin David TOUBOUL

Bonjour à tous,

Toutes les communautés ont leurs temps forts pendant l’année, des occasions, des rendez-vous à ne pas manquer. Des moments lors desquels l’énergie commune se ressent particulièrement. Je crois pouvoir dire que Pourim à Maayane Or en fait partie. Nous étions plus de 250 (un record !) à écouter la méguila, serrés dans notre synagogue, avec des enfants déguisés, surexcités, mais malgré tout concentrés pour présenter les pièces et scénettes qu’ils avaient préparées.

Tout cela est merveilleux, j’en suis très fier, mais s’il n’y avait que cela, je ne prendrai pas la peine de vous le raconter à la radio.

Ce Pourim, à Maayane Or, il y eut autre chose. Quelque chose de spécial et à mon avis d’unique. Nous avons invité une délégation d’Iraniens installés à Nice, faisant partie des opposants au régime.

Non-Juifs, c’était pour eux la première fois qu’ils mettaient les pieds dans une synagogue. Après avoir manifesté au rassemblement en soutien au peuple Iranien qui vit des heures terribles, entre les bombardements et la répression du régime, ils ont accepté notre invitation sans, je crois, savoir ce qui les attendait. Car ils ont été applaudis très chaleureusement.

D’un côté comme de l’autre, nous avons démontré quelque chose de simple et de fort : le peuple Juif n’est pas l’ennemi du peuple Iranien. Pas plus qu’Israël n’est l’ennemi de l’Iran.

Ce que disait encore hier soir une analyste invitée par le mouvement massorti dans une conférence en ligne. Elle expliquait que l’identité iranienne comportait deux éléments, deux marqueurs forts : l’identité Perse et l’identité musulmane chiite. Chaque fois, dans l’Histoire, qu’on tentait d’en privilégier une au détriment de l’autre, il y eut une révolte qui tirait de l’autre côté. Aujourd’hui, la guerre est contre le régime de la république islamique, une dictature totalitaire, ultra-répressive, contre lequel la population lutte de l’intérieur. Mais je le répète, dans cette lutte, nous sommes les alliés du peuple Iranien, pas ses ennemis.

Car nous luttons pour les mêmes valeurs : la démocratie, et la liberté. Laquelle se décline de différentes manières, mais inclus la liberté de conscience. Celle de croire, et de ne pas croire. Celle d’accepter de vivre suivant des lois, règles et coutumes ancestrales, et celle de le refuser et d’en choisir d’autres. La liberté de pratiquer, ou de ne pas pratiquer. Ou encore : de pratiquer un peu, et pas complètement. Ou de pratiquer à sa manière, différente de celle prônée par une église ou un clergé.

Ces libertés, en occident, ont été conquises de haute lutte par des révoltes et des révolutions. Chez nous, au sein du peuple Juif, elles ont plus ou moins évolué suivant l’influence des sociétés dans lesquelles nous nous trouvions.

Le sionisme lui-même, je suis sûr que l’historien Georges Bensoussan va le rappeler mercredi soir au centre Kling, a débuté sous la forme d’une réforme et d’une contestation de la société juive traditionnelle, et d’un affranchissement d’une certaine théologie qui enjoignait de continuer à souffrir de l’exil plutôt que de lutter pour son indépendance.

Oui, je sais, « un rabbin ne devrait pas dire ça ». Dans l’esprit de certains, peut-être qu’un rabbin devrait dire qu’il n’y a qu’une seule manière d’être Juif, une bonne, conforme et « cachère », et que toutes les autres sont à éviter. Et que, pour préserver les gens de la tentation, il faudrait empêcher les autres sensibilités de s’exprimer. C’est ce que pensent certains dans l’Israël contemporain, nous l’avons vu lors des précédentes émissions.

Je ne veux pas en rajouter dans la polémique, mais juste dire que la visite d’Iraniens dans une synagogue le jour de Pourim, -alors qu’une guerre fait rage ! -représente un triple symbole :

-        Celui de la fraternité de deux peuples qui refusent de se haïr et d’être ennemis

-        Celui, évidemment, de la fête qui célèbre un événement dans lequel les Juifs du royaume de Perse ont vécu un grand danger dont ils ont triomphé miraculeusement

-        Mais surtout celui d’une fête dans lequel nous tournons en dérision et nous moquons de toutes les autorités, les règles rigides, les carcans du quotidien, pour mieux nous préparer à conquérir ou reconquérir la liberté à Pessah.

Je terminerai en disant que le peuple Iranien a beaucoup à apprendre de nous. Mais nous avons aussi des leçons à tirer de leur expérience. Et nous devons tenter, s’il n’est pas trop tard, d’empêcher que l’Israël contemporain connaisse, lui aussi, une période de dictature théocratique qui dénaturerait autant le Judaïsme que le sionisme, et nous ferait faire un bon en arrière dans l’Histoire, et un pas de plus vers la division, le fondamentalisme et l’obscurantisme. 

Cet après-midi à 15h15 le mouvement massorti Israélien nous invite à un office de kabbalat Chabbat sur zoom pour se soutenir mutuellement, tous les renseignements sur les réseaux sociaux de Maayane Or.

Chabbat chalom, et à la semaine prochaine !