Un réflexe Abrahamique

23 octobre 2026 - 10:15

Rabbin David TOUBOUL

Bonjour à tous,

Il est très difficile de prendre la parole en ce moment pour parler de choses positives. Les émeutes que nous avons vécues la semaine dernière, et que nous allons peut-être revivre demain, font penser aux mots de la paracha Noah : וַתִּמָּלֵא הָאָרֶץ, חָמָס, « la terre s’est emplie de fureur ».

Tout en restant prudent sur les parallèles entre la Torah et l’actualité, on ne peut qu’être frappés de l’écho entre les descriptions anciennes d’une société malade où règnent la sauvagerie, la violence et le vol, et ce que nous venons de vivre.

Si la Genèse décrit une époque mythologique dans laquelle Dieu intervient directement pour châtier les hommes de la génération du déluge ou celle de Sodome et Gomorrhe, on en est bien loin aujourd’hui. Avec Avraham s’ouvre une histoire nouvelle, qui continue jusqu’à nos jours. Le modèle que la Torah propose aux descendants d’Avraham est de vivre à l’écart de la société et de ses vices. Et de proposer une autre manière de vivre, basée sur la générosité, l’accueil et l’entraide.

C’est le modèle originel de la place du peuple juif dans les nations, souhaité et idéalisé, même si, dans les faits, les juifs n’y furent pas toujours fidèles. Il y eut, on le sait, des juifs révolutionnaires, militants passionnés et parfois violents.

Il reste que nous avons gardé dans notre mémoire collective une crainte viscérale des foules incontrôlées, manipulées, chauffées à blanc par des esprits pervers, et qui, après les sacs et pillages en règle, s’en prennent aux personnes. Tout cela fait écho à notre histoire depuis l’antiquité, et active chez nous une mémoire ancestrale et un réflexe de départ et d’exil.

Un réflexe Abrahamique.

Nul ne sait, évidemment, de quoi notre avenir sera fait. Mais si les lectures et relectures de la Torah ont un effet sur nous, c’est pour intégrer le message ancestral : on ne peut maitriser ce qui nous arrive, mais on peut – et on doit- maitriser la manière dont on y répond et dont cela nous affecte.

Nous devons rester à l’écart de la sauvagerie, et ne pas y participer. Quel que soit l’endroit où on se trouve, le pays, les circonstances ou les justifications. Nous, les descendants d’Avraham, ne participons pas à la barbarie.

Et pourtant, malgré ces mauvaises nouvelles, et malgré un avenir incertain et qui s’obscurcit avec les élections qui arrivent, il reste encore des occasions de réjouissance.

Je vous en ai suffisamment parlé, nous avons célébré dimanche dernier l’anniversaire des trente ans de Maayane Or, la synagogue massorti de Nice.

En présence des auteurs Isabelle et Antoine Chéreau et de la chanteuse Shirel, avec plus de deux cents personnes qui s’étaient donné rendez-vous, nous avons dignement fêté l’événement, en rendant hommage aux fondatrices et fondateurs, et en affirmant haut et forts que nous allons garder le cap pour l’avenir.

Parce que notre militantisme communautaire est aussi un acte de foi pour dire quelque chose de simple : OUI, les Juifs et le judaïsme en France ont un avenir. Un avenir au moins aussi riche et fructueux que notre histoire millénaire – je dis bien millénaire – dans ce pays, que nous aimons de toute notre âme, qui nous a tant donné, et auquel nous avons tant contribué.

Chabbat chalom, et à la semaine prochaine !